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Contribution to Book
Des données sans personne: le fétichisme de la donnée à caractère personnel à l'épreuve de l'idéologie des Big Data
Etude annuelle du Conseil d'Etat "Le numérique et les droits fondamentaux" (2014)
  • Antoinette Rouvroy
Abstract
Parcourue par des logiques de flux et de valorisation des flux, notre époque serait marquée ou se démarquerait - si l’on peut dire - par une « explosion » des volumes de données numériques, reflétant le monde jusque dans ses moindres événements sous une forme éclatée, segmentée, distribuée, décontextualisée, déhistoricisée , ou, pour le dire autrement, sous forme de données individuellement a-signifiantes mais quantifiables, opérant comme de purs signaux en provenance du monde connecté, métabolisables à grande vitesse par les systèmes informatiques. L’enregistrement systématique et par défaut de quantités massives de données numériques et les nouvelles possibilités d’agrégation de ces données (datamining) met à disposition des autorités publiques et des entreprises privées une nouvelle sorte de « savoir », fondé sur des données triviales, pas nécessairement privées par nature, mais qui, en raison de leur quantité (plus que de leur qualité), nous exposent individuellement et collectivement à une série de risques inédits, irréductibles aux enjeux de protection de la vie privée et de protection des données à caractère personnel. C’est de quelques-uns de ces risques inédits que nous voudrions esquisser ici une amorce de diagnostic. Disons tout de suite que ces risques inédits ne tiennent pas tant à une plus grande visibilité, ou à une perte relative d’anonymat ou d’intimité des individus qu’à : 1) un court-circuitage des capacités d’entendement, de volonté et d’énonciation des individus, et donc de la fonction-personne, par des systèmes informatiques capables prendre de vitesse, littéralement, et de neutraliser ceux des effets de l’incertitude radicale qui seraient suspensifs des flux (de données, d’objets, de capitaux, de personnes,…) ; 2) une hypertrophie de la sphère privée (l’intensification de la personnalisation algorithmique des environnements et interactions numériques) ; 3) une raréfaction des occasions d’exposition des individus à des choses qui n’auraient pas été pré-vues pour eux, et donc un assèchement de l’espace public (comme espace de délibération, de formation de projets non rabattus sur la seule concurrence des intérêts individuels), ces choses non pré-vues, étant précisément constitutives du commun, ou de l’espace public.
Disciplines
Publication Date
Summer July 12, 2014
Editor
Jacky Richard & Laurent Cytermann (dir.)
Publisher
La Documentation française
Citation Information
Antoinette Rouvroy. "Des données sans personne: le fétichisme de la donnée à caractère personnel à l'épreuve de l'idéologie des Big Data" ParisEtude annuelle du Conseil d'Etat "Le numérique et les droits fondamentaux" (2014)
Available at: http://works.bepress.com/antoinette_rouvroy/55/